L'Afrique : Entre succession de fièvre et de joie au sommet de l'état

L'Afrique : Entre succession de fièvre et de joie au sommet de l'état

Même si le CMT, après une période de transition, dit vouloir organiser des élections démocratiques, l’agitation qui suit le décès du Maréchal Deby pose une question plus générale : la gestion de la succession en Afrique lorsqu'un dirigeant meurt en cours de mandat.

Si Certains pays ont géré la succession mieux que d'autres, la situation chaotique que traverse actuellement le tchad est de plus en plus désastreuse depuis les obsèques en ce mois d'avril du Président Deby.  Le pays ne parvient pas à sortir d’une crise de transition où l'armée dirige principalement les affaires de l'État. 

 Les stratégies de succession doivent être strictement conformes aux constitutions.  La plupart des constitutions des pays africains prévoient que lorsqu'un chef d'État décède en cours de mandat, son Vice-Président ou le Président de l'Assemblée nationale assure l'intérim jusqu'à la tenue de nouvelles élections. Certains dirigeants s'attendent cependant à ce que le « dauphin » leur soit entièrement dévoué. Dans le cas contraire, un conflit politique risque d’éclater. Au Nigéria, par exemple, le Vice-Président Atiku Abubakar entretenait des relations glaciales avec l'ancien Président Olusegun Obasanjo, lequel n'a pas tardé à organiser l'exclusion de M. Abubakar du parti au pouvoir. 

 Certains dirigeants africains ont préparé un membre de leur famille à prendre leur place. À la mort du Président du Gabon, Omar Bongo, en 2009, le parti au pouvoir a nommé à la présidence son fils, Ali Bongo Ondimba, alors Ministre des affaires étrangères et de la défense. Les Présidents Faure Gnassingbé du Togo et Joseph Kabila de la République démocratique du Congo ont succédé à leur père une fois celui-ci décédé. C'est la situation que vit actuellement le Tchad à la seule différence qu'il s'agit d'un militaire qui en principe ne faisait pas partie des intérimaires en cas de décès du président tchadien.   Une situation qui montre à quel point, 

Confier sa succession à un proche peut cependant déclencher une révolte, comme ce fut le cas de l'Égypte, où l'intention du Président Hosni Moubarak de faire de son fils son successeur a intensifié l'opposition qui a éclaté lors de la révolution début 2011. Au Burkina Faso, une vive controverse a éclaté dès que le Président Blaise Compaoré a donné l’impression de préparer son frère cadet, François, à lui succéder.  

Par contre, le Malawi a connu une transition relativement harmonieuse après la disparition en avril du Président Mutharika, mort d'une crise cardiaque à l'âge de 78 ans. Le processus aurait pu toutefois dérailler lorsque des membres du Conseil des ministres ont tenté d'installer au pouvoir le frère cadet du défunt Président, le Ministre des affaires étrangères Peter Mutharika, à la place de Joyce Banda, Vice-Présidente et successeur d’après la constitution. Le Président avait avant de mourir décidé d'exclure Mme Banda du parti au pouvoir afin d'ouvrir la voie à son frère. À sa mort, la classe politique s'est scindée en deux camps. D'un côté, ceux qui invoquaient les intentions de l'ancien Président, de l'autre, ceux qui souhaitaient respecter la constitution. Bon nombre de Malawiens se sont insurgés contre un manquement à la constitution, avec l’appui de bailleurs de fonds et notamment du Département d'État des États-Unis, qui a envoyé un message sans ambiguïté : « Nous espérons que la Vice-Présidente, première dans l'ordre de succession, sera rapidement investie à la tête du pays ». Ce qui fut le cas peu de temps après.  La primauté du droit l’a assurément emporté au Ghana après la mort en juillet du Président John Atta Mills. Contrairement au Malawi, il n'y a pas eu l'ombre d'un doute sur la personne devant le remplacer. Le Vice-Président John Dramani Mahama a pris les fonctions de président, conformément aux principes constitutionnels, et a aussitôt rassemblé une nation bouleversée. Cette transition en douceur avait témoigné de la solidité du système démocratique du Ghana, où les partis au pouvoir ont à plusieurs reprises passé le relais à l'opposition.  Toutefois, même quand une forte tradition démocratique facilite les successions sans heurts, des considérations politiques risquent de faire obstacle. Lorsque le Président du Nigéria Umaru Musa Yar’Adua est mort en mai 2010, certains Nigérians ont exigé qu'un autre politicien du nord soit investi au lieu du Vice-Président Goodluck Jonathan, qui venait du sud. Ce dernier l'a finalement emporté.

 Ainsi, Dans toute son acception, le mot « succession » peut se concevoir dans un sens positif, glorieux, comme il peut prendre un sens plus péjoratif, et même négatif. En l’occurrence, celles des pages de succession qui s’écrivent ou se bâtissent sur le passage en force sont rarement glorieuses. Alors, oui, le sens de la succession à laquelle se réfèrent les uns et les autres, ici, peut varier en fonction du côté de l’histoire où se situe chacun. D’autant que ceux qui sont du mauvais côté de l’Histoire, en général, le reconnaissent rarement.

 Que dire du rôle joué par les puissances étrangères dans ces successions. Surtout la France.   Vous aurez noté que cette succession au tchad a démarré par une troublante ingérence  de la France dans le CMT, et la présence du président français aux obsèques. Une présence  qui a, pour l’essentiel, consisté à prendre acte de la validation du CMT et du déni constitutionnel. Il se trouve que les pages les plus sombres de l’histoire de l’Afrique indépendante se sont écrites dans l’abandon des convictions, dans la démission et même, parfois, dans une forme de trahison qui consiste à prétendre prendre acte du fait accompli, de l’inacceptable.   Depuis bientôt soixante ans, l’on ne cesse de prendre acte, sur ce continent : des coups d’Etat ; des scandales divers, et même de la corruption. Prendre acte du sous-développement, en l’habillant de mots, comme si cela suffisait à atténuer les souffrances des peuples. Et l’on continue de prendre acte des manifestations réprimées dans le sang, avec leur cortège de morts que l’on se refuse même parfois de dénombrer, a fortiori d’admettre.  Et pourquoi ne prendrait-on pas acte d’une passation de pouvoir arrangée au tchad dans un cynisme assumé, dont le temps finira par dire les motivations. 

 Ce qui reviendrait à dire que la communauté internationale et la France de manière particulière a un attachement bien capricieux à l’état de droit et à la démocratie, et que ses exigences de justice obéissent davantage à de bien mystérieux calculs qu’à des principes rigoureux et indéfectibles.

 

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