Restitution du patrimoine culturel africain: le nouveau défi de l'UA

 Restitution du patrimoine culturel africain: le nouveau défi de l'UA

Le 34ème sommet de l'Union africaine a pris fin dimanche 6 février, après deux jours de réunions. Un sommet un peu particulier puisqu'il était en ligne, pandémie de Covid-19 oblige. Félix Tshisekedi, le dirigeant congolais assure pour un an la présidence de l'UA. Moussa Faki a aussi été réélu président de la Commission de l'UA, l'organe exécutif de l'institution, pour quatre ans. Et les chefs d'Etat sont revenus sur plusieurs dossiers importants du continent et de l'organisation. Dans son rapide discours de clôture dimanche, le nouveau président en exercice Félix Tshisekedi a résumé les deux axes pour l’année à venir.

Restitution d'œuvres d'arts et lutte contre le Covid-19. Ce qui attire le plus notre attention est le point concernant la restitution des oeuvres d'arts  ce d'autant plus que   "Arts, culture, patrimoine" c'est le thème de l'année 2021 de l'UA.

  Un projet qui intervient 4 année  après la visite du président de la république française Emmanuel Macron à l'amphithéâtre bondé de Ouaga devant une centaine d'étudiants burkinabés. En effet, il avait formulé son intention de restituer à l'Afrique son patrimoine en ces termes *je veux que d'ici cinq ans,  les conditions soient réunies pour des restitutions temporaires ou définitives du patrimoine africain en Afrique*. Une déclaration qui fut suivie plus tard sur le compte Tweeter de l'Elysée par une métaphore ancienne et convenue au musée comme espace carcéral *le patrimoine africain ne peut pas être prisonnier de musées européens*.

S'il est vrai que l'initiative est louable et à encourager, force est de se poser la question de savoir combien de temps cela prendra? En effet, ailleurs en Europe, il a fallu 100 ans pour que la République Fédérale d'Allemagne (RFA) accepte en 2004, de présenter quelques excuses aux "Herero", peuple du sud-ouest africain (actuelle Namibie) victime d'un génocide par empoisonnement, déportations, travaux forcés et mises à mort pour avoir résisté à la loi coloniale allemande en 1904. En 2008, l'Italie mettait fin à 40 ans d'âpres relations avec la Libye en s'excusant pour les "blessures profondes" infligées à cette ancienne colonie italienne entre 1911 et 1943. Le royaume uni a attendu soixante ans pour s'excuser de la répression sanglante et de tortures infligées aux "Mau-Mau" du Kenya dans les années 1950. Mais on est bien loin en Europe d'avoir soldé le passé colonial.  Malgré quelques avancées, la Belgique peine toujours à reconnaître les millions de morts causés par son exploitation du Congo entre 1885 et 1908; en France, les formules percutantes d'Emmanuel Macron sont arrivés après de décennies de déni ou d'affirmations hazardeuses sur les bienfaits de la colonisation.  La prise en charge (historiographique,  psychologique, politique) de ce passé ne constitue pas pour l'Europe et pour certains africains comme un défi majeur du XXIème siècle.

 Une situation qui montre à quel point la restitution du patrimoine ou des oeuvres n'est qu'un chapitre dans l'histoire vaste et certainement plus difficile de l'Afrique. Car dernière le masque de la beauté,  se cachent les séquelles bien plus nombreux qui se manifestent par les immunités économiques,  instabilités politiques,  tragédies humanitaires dû à une décolonisation ratée et une politique patrimoniale et paternaliste à l'égard de ses anciennes colonies.

 

 

 Dans un continent où 60% de la population a moins de 20 ans, il paraît important que cette jeunesse touche du doigt son passé,  accède à sa propre culture , à la créativité et à la spiritualité d'époques certes résolues mais dont la connaissance ne sauraient être réservées aux sociétés occidentales ou aux africains qui vivent en Europe.  Cette restitution permettra à coup sûr de travailler l'histoire et reconstruire la mémoire.

 Toutefois que veut-on ou doit-on restituer réellement? Veut-on restituer à l'Afrique des oeuvres d'arts, son histoire ou son identité? Sur quelle histoire veut-on revenir? À qui doit-on rendre cela? Comment va s'effectuera le retour? À quelle condition et aux frais de qui?  Il y'a un point qui mérite de retenir notre attention notamment celui de la conservation. En effet, Certains conservateurs et historiens français soulignent la responsabilité des musées vis-à-vis d’œuvres uniques au monde, précieuses et fragiles, et donc difficile à déplacer. Mais surtout, ils sont soucieux des capacités muséales africaines. Des craintes qui reposent en partie sur des exemples historiques malheureux, notamment le plus fameux d’entre eux, le pillage en 1997 d’œuvres restituées vingt ans plus tôt par la Belgique, au musée National de Kinshasa”, recontextualise Néon. Du côté du Bénin, d’autres confirment le mauvais état des infrastructures culturelles, qui font courir un danger aux oeuvres. “Notre culture, si on en avait pris soin, on n’en serait pas là” s'agace Romuald Hazoumé, star de l’art contemporain africain dans l’émission Stupéfiant. Pour lui, le Bénin ne doit “surtout pas récupérer ses trésors”. Son sang ne fait qu’un tour quand il évoque le palais d'Abomey : “allez voir leur état, c’est lamentable, honteux”. Gabin Djimassé, directeur de l’office du tourisme du Bénin déplore : “C’est une catastrophe. On a constaté la disparition d’un nombre important d’oeuvre. Non pas forcément parce qu'elles ont été vendues, mais pour mauvais entretien, ces oeuvres-là ont disparu, sont pourries, irrécupérables”.  Des préalables qu'il faudra régler de peur de mettre la charrue avant les bœufs.

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