Ven, Sep 17, 2021

Covidgate au Cameroun : Le procès des réseaux sociaux

Covidgate au Cameroun : Le procès des réseaux sociaux

 L'histoire de notre pays est faite hélas, de ces temps où, sans que le peuple ne s'en rende compte, une affaire jaillit de nulle part comme une étincelle et commande à la république de retenir son souffle et de comprendre. Mais il ne suffit pas de comprendre, Il faut apprendre à comprendre  et pouvoir comprendre pour ensuite ventiler la vérité et s'abstenir de tout commentaire  empreint de passion et de fanatisme.

 Car, trop de sentences cruelles sont d'abord souvent le fait de l'opinion, une opinion qui s'exprime sur les réseaux sociaux, avide de justice populaire et de lynchage médiatique sans appel.  Laissez donc la justice s'exprimer, les concernés se défendre et ensemble nous découvrirons la vérité et l'horreur de la distraction souvent observée ici et là sur les réseaux sociaux par certaines personnes en panne de popularité. En effet, parfois des individus qui portent dans leurs entrailles les germes de la manipulation et de l'instrumentalisation, ne manquent pas souvent de faire des écrits,  des analyses, des injures, des invectives, des insinuations, des calomnies et de la jalousie tenace.  Vous suivez des sentences publiques se prononcer contre des personnes, vous finissez nonobstant tout éloquence, tout grade et tout laurier, par vous taire, pour ne pas pousser ces essaims d'abeilles qui jouent de la plume et des images comme des bonbons dans une boîte de loterie, à vous tomber dessus. Ils savent prédire les verdicts, mettre les gens en doute se fichant pas mal de tout élément de preuves pouvant les contredire et tuer leur commerce de la délation et de la calomnie ,ne jouant qu'à contribuer à transformer ce qui est blanc en noir et ce qui est noir à néant.

 De nombreuses personnalités sont mises en cause aujourd'hui dans la gestion des fonds alloués à la gestion de la pandémie. Cette affaire suscite un déferlement sur les réseaux sociaux. De nombreux internautes se sont par la suite adonnés à ce mouvement et ont contribué à sa prise d'ampleur. Si cet évènement a été une étincelle en venant une fois de plus soulever la sempiternelle question de la transparence dans la gestion des fonds publics,  il n'en demeure pas moins que celui-ci recèle une part d'ombre : le déclin de nos principes juridiques fondamentaux, tel que la présomption d'innocence, aujourd'hui mise à mal par l'accélération de la diffusion des informations.  En effet, à la suite du rapport d'étape de la chambre des comptes de la cours suprême, l’opinion s'en est donnée à cœur joie pour donner leurs sentences en déclarant coupables les personnes concernées alors même que leur culpabilité n'a pas été légalement établie. 

  cette situation tend à l'installation progressive d'un nouveau tribunal, celui des réseaux sociaux. Ces réseaux sociaux s’accaparent aujourd'hui quelques fonctions de notre procédure pénale : ils poursuivent, en divulguant des informations, et ils jugent, en déclarant coupables des hommes sans preuve. La justice au sein d'un prétoire s'exerce aujourd'hui sur Facebook, Whatsapp, Tweeter, instagram...

 Or, les réseaux sociaux ne sont pas légitimes à s’accaparer une prérogative telle que le jugement. Ce pouvoir est étatique et ne peut être concédé et, s’il en est abusé, peut mettre en péril la vie d’un homme. C'est pourquoi cette fonction ne peut revenir de plein droit qu’à la seule institution judiciaire. La confiscation de ce pouvoir de juger par l'opinion publique est d'autant plus inquiétante qu'elle n'est entourée d'aucune garantie quant aux droits de la défense. En effet, les personnes mises en cause ne bénéficient pas d’un droit de réponse face aux allégations faites par ces juges auto-proclamés.

 Cela explique qu'un grand nombre de personnes jugent dérisoires certains principes fondamentaux, tel que la présomption d'innocence. En effet, défendre ce principe revient pour de nombreuses personnes à défendre l'innocence de la personne suspectée voire, pour certains, à légitimer les actes les plus abjects. Or, défendre la présomption d'innocence ce n'est pas défendre une innocence mais une éventuelle innocence. Se mettre du côté la présomption d'innocence, c'est prendre le parti de la prudence. Or, le doute aujourd'hui n'a pas bonne presse et est davantage perçu comme une cause de suspicion plutôt que comme une preuve de raison.

 Cependant, précisons que défendre la présomption d’innocence ne revient pas à vouloir brider les opinions personnelles. Il est évident que chacun est libre de sa pensée et de croire coupable une personne mise en cause. Or, si cette pensée peut s’exprimer dans un cercle privé, le danger se présente quand elle est diffusée publiquement et sans réserve.

 Si la présomption d’innocence doit être respectueuse de l’opinion de chacun, cette dernière devrait être à son tour respectueuse de notre droit.

 À l'heure où la confiance des camerounais dans les instituions est de plus en plus édulcorée laissant place au tribunal des réseaux sociaux,  on peut se demander Jusqu'où pousser l'exigence de transparence?  Faut-il donc croire que les Hommes politiques sont plus soumis que jadis à la tentation de l'argent? Ou que les montants en jeu sont plus importants qu'ils ne l'ont jamais été?  Ou que la presse et l'opinion sont plus exigeantes vis-à-vis des dirigeants?  Ou encore que les juges sont en train d'installer une dictature de la vertu?

 

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